15.11.2021

Faillites : Le raz-de-marée n’a pas lieu

Malgré une forte baisse de l’activité de transport en 2020, le nombre de faillites dans le transport routier est resté, en Belgique, particulièrement faible. Et la tendance est la même cette année, grâce aux mesures de soutien liées au COVID-19. On craignait un mouvement de rattrapage au moment de leur levée, mais étonnamment, le transport routier sera épargné par une vague de faillites.

Faillites : Le raz-de-marée n’a pas lieu

Chaque trimestre, l’ITLB publie les chiffres de l’enquête conjoncturelle menée auprès des transporteurs belges. Les chiffres du 2e trimestre 2021 semblent relativement bons. L’ITLB utilise des ‘soldes pondérés’, comprenez la différence entre le nombre d’entreprises (en %) qui signalent une augmentation de l’activité de transport et le nombre d’entreprises (en %) qui signalent une baisse par rapport au trimestre précédent. En transport national, le solde était de + 3,3 % et en transport international de – 2,7 %. Le ciel s’éclaircit également au niveau des problèmes de liquidité : en moyenne, 9,2 % des transporteurs en ont signalé au 2e trimestre contre 12,1 % au 1er trimestre. Un an plus tôt, ce chiffre était de 17,8 %.

Peu de faillites

Cet optimisme apparaît également au niveau des faillites. Au moment d’écrire ces lignes, seuls les chiffres du 1er trimestre 2021 étaient connus : à peine 34 transporteurs ont fait faillite. Au cours de toute l’année corona 2020, il y en avait à peine 97, beaucoup moins qu’en 2019 (161).

Cependant, ces chiffres très bas sont principalement dus aux diverses mesures prises par le gouvernement pour minimiser l’impact économique du coronavirus. « On peut donc s’attendre à un mouvement de rattrapage et éventuellement à des chiffres rouge vif», indiquait l’ITLB fin 2020.

Cette vague de faillite ne s’est pas encore concrétisée. « En plus des deux moratoires légaux sur les faillites lors des deux premiers confinements, il y a aussi eu un moratoire de fait : pour un temps, les dettes auprès du fisc (SPF finances) ou de la sécurité sociale (ONSS) n’ont pas donné lieu à une assignation en faillite. Avant le coronavirus, c’est eux qui initiaient le plus d’assignations », explique l’observateur du marché Graydon. En outre, il y a également eu de nombreuses autres mesures de soutien fédérales et régionales.

Crainte d’un raz-de-marée …

« Dans les prochains mois, ces mesures de soutien seront progressivement supprimées (plus rapidement dans certaines régions que dans d’autres). Les prêts devront être remboursés. La reprise économique ne couvre pas la totalité de la perte cumulée de chiffre d’affaires et les dettes se sont souvent accumulées. Les augmentations importantes des prix de nombreuses matières premières primaires et de l’énergie, les pénuries ou les difficultés d’approvisionnement d’autres produits sont autant d’obstacles à surmonter dans les mois et les années à venir », prévient Graydon.

Lorsque l’ONSS, la TVA et le fisc poursuivront à nouveau activement et cesseront d’accorder des reports de paiement, beaucoup craignent un raz-de-marée de faillites. La plupart des mesures seront abandonnées entre octobre et la fin de cette année.

… mais pas dans le transport

« Cependant, nous ne nous attendons pas à cette vague dans le transport routier », explique Philippe Degraef, directeur de Febetra. « Nos entreprises ont toujours fonctionné pendant la crise, à quelques exceptions près dans certains secteurs. Aujourd’hui, il y a même beaucoup de travail. » L’an passé, les chaînes d’approvisionnement étaient perturbées, les camions n’étaient pas toujours pleins et la rentabilité était mise à mal. « Cette année, l’activité s’est redressée et depuis le 3e trimestre, c’est même le branle-bas de combat. Les chargeurs réclament des roues. S’il y a plus de faillites dans les semaines et les mois à venir, comme le craint Graydon, ce ne sera pas dans notre secteur », ajoute-t-il. « Si un client important venait à faire faillite, le transporteur pourrait rapidement trouver un nouveau client. »

Michael Reul, secrétaire général de l’UPTR, abonde dans le même sens. « Avant l’été, j’étais encore persuadé que la seconde moitié de l’année allait virer au rouge vif. Je suis content de voir que j’avais tort. Je pense même que si de nombreuses entreprises font faillite dans d’autres secteurs, il y aura peu de ‘victimes collatérales’ dans le transport routier. Très peu d’entreprises de transport ont aujourd’hui des problèmes de liquidité et la plupart peuvent donc encaisser un petit revers. C’était beaucoup moins le cas il y a un an. »

Paramètre ‘pénurie de chauffeur’

« La reprise économique est plus forte que prévu. La croissance du transport routier est spectaculaire. L’augmentation de la demande au 3e trimestre peut même être qualifiée d’inattendue et inespérée. La ‘pénurie de chauffeurs’ joue certainement un rôle à cet égard », explique Reul.

La question est bien sûr de savoir si cette reprise soudaine sera durable. « A priori, il n’y a aucune raison de supposer que le vent tournera d’ici la fin de l’année. Pour le moment, tous les feux sont toujours au vert », explique M. Reul.

La mauvaise nouvelle est que cela peut conduire à un optimisme excessif. Les signaux indiquent que de nombreux chargeurs ne sont pas encore conscients du risque réel de pénurie de capacité. Beaucoup ne réalisent pas que les transporteurs sont désormais aux commandes. Les négociations avec les transporteurs promettent encore d’être vives. Mais c’est une autre histoire.

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